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HAUTE-ASIE

 

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Longtemps j’ai rêvé des Himalayas, de leurs royaumes enneigés où des moines bouddhistes souriants regagneraient leur monastère à la tombée du jour, les fesses sur des yacks très poilus. Un jour de 2009, je suis partie les voir, avec un sac lourd de rêves à porter. Depuis le haut plateau du Tibet oriental, parcouru clandestinement au rythme de l’automne, jusqu’à la vallée du Zanskar.

Au nord de l’Inde, la neige et les montagnes isolent l’ancien royaume du Zanskar près de six mois par an. La région devient alors inaccessible à moins de suivre à pied le cours d’une rivière gelée. C’est le Chadar. C’est par cet itinéraire délicat que j’ai découvert le Zanskar, au cœur de l’hiver, au rythme de la marche sur l’eau gelée et lors de bivouacs par –30 °C. Puis j’ai partagé l’intimité des hameaux zanskaris et recueilli les confidences des paysannes et des nonnes bouddhistes qui attendent le retour des beaux jours en tissant la laine ou en étudiant des textes religieux.

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  • 6 ½ mois de voyage, septembre 2009 – mars 2010
  • À travers Tibet, Népal et Inde.
  • Tribulations au Tibet oriental – Kham. Dont 2 semaines à pied, seule, en territoire interdit.
  • Train pour Lhassa
  • Rencontre de réfugiés tibétains à Kathmandu
  • Projet d’aide aux enfants des rues de Kathmandu
  • Pérégrinations au Cachemire
  • Vie monastique, cours d’anglais et temps infusé au Zanskar (30 décembre – 27 février)
  • Bains dans les eaux sacrées du Gange à Rishikesh et Varanasi. Ashram & Yoga.

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Conférence diaporama photo (1h) Un hiver au Zanskar disponible sur demande

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Cycle de conférences Regards de voyageurs organisé par ABM et Transboréal /// Janvier 2011 /// Paris. Emeric Fisset et Anne Bécel.

ROYAUME DU LESOTHO

 

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Sa géographie bat en brèche tous les poncifs africains. Je crois que c’est pour ça que j’ai aimé le Lesotho avant même d’y avoir posé le moindre pied. Ici, dans cette douce enclave à l’intérieur de l’Afrique du Sud, aucune topographie ne condescend à se tenir sous 1300 mètres. Ce petit pays méconnu possède, en toute humilité, le point le plus bas… le plus haut du monde. Je me suis mis en tête d’arpenter ses chemins de poussière, cols et canyons, au temps des pêches, avant l’arrivée de l’hiver austral et des neiges qui tombent sur les huttes en mortier. Mais déjà, il fallait s’envelopper de couvertures traditionnelles pour contrer le froid en fin de journée…

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  • 3 semaines d’expédition, mars 2012
  • Traversée du pays du nord (Butha-Buthe) au sud-est (Sehlabathebe) par les contreforts des montagnes du Drakensberg.
  • Près de 350 kms parcourus (220 kms à pied et 130 kms à cheval)
  • 5 heures de rushes filmés

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NOMADES DES MERS

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  »Nomades des mers d’Asie : Mokens, Orang Laut, Urak Lawoi’ et Bajau »

« Nomads of the seas through Asia: Mokens, Orang Laut, Urak Lawoi’ and Bajau »

 

Décembre 2012-Octobre 2013

Projet soutenu par / Project sponsoring by :

Soutien ICRA : ANAKO

CAHIERS DU CENTRE DES AMERIQUES

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Flânerie initiatique à la rencontre des cultures amérindiennes, par les chemins de traverse du Mexique au Panamá

On raconte que se mettre en mouvement serait laborieux. Un dénommé Newton en personne énonçait ainsi sa première loi sur le mouvement des corps, autrement appelé Principe d’Inertie :

« Tout corps persévère dans l’état de repos ou de mouvement uniforme en ligne droite dans lequel il se trouve, à moins que quelque force n’agisse sur lui, et ne le contraigne à changer d’état. »

Je n’aurais pas dit mieux… Oui. Se mettre en route vers ce qui nous plaît se révèle exigeant parfois. Je laisse derrière moi une vie partie pour filer droit, dans laquelle je ne reconnais que lassitude et ennui, en espérant, quelque peu soucieuse toutefois, que la maxime dise vrai : « Une fois en marche tout se simplifie ». Pour l’heure, Mexico City, par le hublot de l’avion, approuve.

Nota bene : Newton a omis de préciser que sa fameuse première loi sur le mouvement des corps n’est valable que dans un référentiel Galiléen. Mais la rumeur court que… dans un référentiel Géographique et Poétique… les corps en mouvement ne cessent d’être heureux.

  • 9 mois de voyage, décembre 2007 – août 2008
  • À travers Mexique, Guatemala, Belize, Honduras, Nicaragua, Costa-Rica et Panama
  • Rencontre des Indiens zapotèques, mazatèques, mayas quiché, mayas cakchikel, ichil, miskitos, ngöbe-buglé, emberas, kunas et communauté garifuna.
  • Meetings de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZNL) au Chiapas, et de l’APPO (Assemblée Populaire des Peuples d’Oaxaca)
  • Moment fort : traversée du Panama à pied en solitaire à travers le territoire des Indiens ngöbe-buglé.

Questionnaire de Proust Voyageur : confidences de gens du voyage

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IMG_3399Julie Baudin

Ci-dessus : Sylvain Tesson, Julie Baudin et Jérome Delafosse

Le questionnaire de Proust voyageur a le goût de la vanille aztèque, la pastèque africaine et les verres que l’on trinque. Un lieu où chacun peut s’asseoir un instant, en l’agréable compagnie de voyageurs, écrivains ou flâneurs, le temps de se laisser faire par leurs mots. Ils se sont confiés, parfois dans l’urgence d’un avion à prendre,  ravis de partager leur passion, heureux de faire « le point »  pour certains.

Trente voyageurs ont ouvert le bal dans le Chapitre I (déc. 2012)

Bonne lecture !

Chapitre I

Pour visualiser l’ensemble des réponses, cliquez sur « olders entries » en bas de page.

Les 30 personnes interviewées ici ont répondu à l’aveuglette, sans avoir connaissance des autres réponses. Propos recueillis entre août et décembre 2012.

Merci à :

Georges Arrias
Damien Artero
Loris Bardi
Julie Baudin
Solenn Bardet
Lionel Bedin
Marie-Eve Blanchard
Anick-Marie Bouchard
Clément Burelle
Yanna Byls
André Carpentier
Christian Clot
Gaële de La Brosse
Jérôme Delafosse
Jean Désy
David Ducoin
Loïc Dufour
Cédric Gras
Aude Guiraud
Nicolas Henry
Gérard Janichon
Rodolphe Lasnes
Paule Mangeat
Gaël Metroz
Christophe Migeon
Caroline Riegel
Billy Rioux
Sylain Tesson
Ingrid Thobois
Jean-Pierre Valentin

D’autres chapitres à venir
Blanche de Richemont
Nans et Mouts, émission Nus et Culottés.
Bruno Blanchet

 

Retour en force

Bonjour à tous,

Je suis rentrée en octobre de mon voyage à la rencontre des peuples nomades des mers d’Asie. Avant de vous en dire plus ici, je vous livre quelques impressions à chaud, écrites le jour du retour. Je vous parle également des projets pour la suite…

Abrazitos !

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Griffonné depuis la couchette d’un tout petit cargo (mer des Célèbes).

Envoyé depuis l’aéroport de Hong Kong, aujourd’hui, le surlendemain.

À lire au coin du feu, en se préparant d’abord une bonne tasse de thé, ou toute autre boisson de circonstance. Si on n’a pas de cheminée, on peut toujours en dessiner une.

Alors oui, c’est vrai, je ne vous ai pas beaucoup écrit ces derniers temps. Mais c’est que je viens de passer plus de deux mois loin de tout, à explorer – du sud sauvage vers le nord – la côte orientale de l’île de Sulawesi (Indonésie).

Moments forts : par trois fois j’ai emprunté une pirogue, à la rencontre du peuple badjo des mers. Trois fois (près d’un mois mis bout à bout) à arpenter mers et lagons en solitaire, de villages sur pilotis en îlots de rêve, avec escales techniques dans de grandes villes minières aux allures de citées western. Il me semble que jamais je n’ai poussé aussi loin l’isolement. Au large, cap à la boussole sur de possibles bivouacs, plages vierges établies au pied de volcans assoupis (confettis de sable déserts où étendre son hamac tant bien que mal, avant d’aller se chercher une noix de coco pour boire, manger et démarrer le feu). Une carte postale rien que pour moi, n’ayant pas eu l’honneur de croiser quelqu’un qui ne soit pas du coin depuis maintenant 3 mois. Cette Indonésie hors des clous est sans conteste la plus belle découverte du voyage. Un coup de cœur absolu qui n’en finit plus de m’émerveiller !

J’en redemande.
J’aimerais revenir, avec le projet de faire construire un bateau traditionnel d’architecture badjo nomade à voile (en profiter pour apprendre auprès des hommes anciens qui ont ce savoir-faire) pour naviguer sur de plus longues périodes. Parce que le rêve qui vient de s’accomplir me porte à oser toujours plus cette quête de sens, de découverte, de compréhension et de sincérité (tout ça).

N’empêche que tout ne fut pas simple, entre la langue à apprendre sur le tas, les nomades des mers quasiment disparus (qui naviguaient en nombre ici autrefois et dont je tenais à partager le quotidien; les raisons de ce glissement vers la sédentarité me passionnent, je vous raconterai). Et puis les paquets de moments drôles vécus à l’insu du plein gré. Ne navigue pas avec force et élégance qui veut, entre coraux et cocotiers. Pour ne rien vous cacher, je suis partie sur les conseils de Jorge Luis Borges. J’hésitais à me lancer, un peu inquiète du caractère totalement impréparé de l’affaire notamment, quand il m’a confié dans je ne sais plus quel livre, au soir de sa mort :

« Si je pouvais vivre ma vie à nouveau j’essaierais de commettre davantage d’erreurs (…) Je prendrais très peu de choses vraiment au sérieux. Je me détendrais davantage (…), entreprendrais plus de voyages, regarderais plus de couchers de soleil, nagerais dans plus de rivières (…) »

Et moi, du coup, de ramer en ramant. De suer en tentant de remonter à la voile face au vent avec une écoute en bout de ficelle qui entaille la main. D’essayer des trucs, dont les menaces et la magie noire, quand moteur et gouvernail se cassèrent au beau milieu de nulle part. De sourire, seule, souvent, d’un sourire franc sorti des tripes, comme un trop plein de béatitude qui explose.

Dans toute galère, un terreau de joie inébranlable, solide, inoubliable. Comme il eut été doux que nous partimes ensemble, vous et moi, pour que le chant de la pagaie fatiguée se grave aussi en vous. Mais je suis sure que vous l’avez trouvé vous aussi, ce fond de l’être sérénissime, en vous épargnant l’absurde inconfort de voyages éreintants. J’ai hâte que vous me racontiez…

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Par hasard, j’ai passé ces derniers jours à l’endroit où a été tourné un épisode de « Rendez-vous en terre inconnue » (la belle émission de voyage que vous connaissez peut-être, sinon il faut). J’y suis arrivée dans ma pirogue. Hier matin encore j’étais là-bas, à pêcher à l’aube de gros coquillages appelés quima.

Je vous écris ast’heure depuis la couchette d’un ferry en bois (on peut s’allonger sur le ventre, tête dans le paysage par les hublots grands ouverts). Le soleil se couche à l’instant. Le bateau grince maintenant. Trois petites lampes se balancent. Un gars passe avec une bassine de riz. Un autre le suit avec une bassine de poisson cuit dans une sauce piquante. Une louche versée dans une feuille de papier journal. À manger de la main droite.

Après pile poil un an sur la route, l’heure est venue de rentrer. Les retours sont pareils aux départs. Même excitation teintée de trouille. Même envie de faire des bonds, avec cette pointe d’appréhension toutefois qui colle un peu au cœur. Un truc qui ressemblerait assez aux premiers matins de l’amour en fait.

L’iItinéraire des deux prochains jours : Luwuk – Makassar – Jakarta – Hong Kong – Toronto – Montréal (fraîche comme une rose à n’en pas douter).

Vais-je parvenir à enchaîner mes 5 vols sans encombre ? Les plateaux repas seront-ils à la hauteur de ceux du ferry ici ? À quoi ressemblera le premier « étranger » que je croiserai ? Autant de questions d’une rare intensité…

Toutes les réponses très vite et de vive voix aux Québécois. Ou en décembre pour ceux d’entre vous qui auraient l’idée saugrenue d’être Français.

Je vous embrasse.

Avec la complicité de la lune,

Anne

PS. J’ai oublié de vous dire un truc important : je ressens comme une absurde chorégraphie du monde parfois, ça gratte, ça pique. Mais ce que je rapporte de voyage tient là tout entier.

  • D’un côté du grand théâtre, notre envie de simplicité au quotidien, abandonner profusion et lourdeur, avachie, éparpillée entre trop d’objets et d’écrans, qui nous empêche de disposer de temps. Retour à l’essentiel. Autosuffisance. Ecologie. Simplicité volontaire. 
  • D’un autre côté l’attirance, logique, de ceux qui vivent là, sur les routes simples et belles du bout du monde, pour ce nouvel horizon de technologies et de confort. Machine à laver, médecin, école et sécurité. 

Pour faire simple : nous souhaitons aller vers eux, ils souhaitent aller vers nous. Le mouvement est en marche. Est-ce qu’on pourra se rencontrer par instants ? Ou allons nous assister à un croisement parfaitement idiot ? Comme une rencontre manquée ? Un chassé-croisé malheureux ? Un vulgaire copié collé ? Nous avons des solutions les uns pour les autres, j’en suis convaincue. Les peuples indigènes en particulier ont tant à nous apprendre ! Je suis persuadée que la seule chose à faire d’utile dans cette vie est de s’épauler pour permettre à chacun de vivre en cohérence avec ses géographies intérieures et extérieures. Je vous écrit comme ça me vient et ça méritera certainement d’être reformulé. Je veux consacrer mon temps à creuser ces questions, sans jugement, sans parti pris, tout en douceur, approfondir de part et d’autre… J’aimerais que le bateau dont je vous ai parlé plus haut soit, au sens propre, un point de rencontre possible. Mon idée doit murir encore… Et va murir drôlement je le sens, en vous parlant, en vous retrouvant.

A tout bientôt !
Sourires et noix de coco ;)

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Mars 2013, équinoxe de printemps en Ouzbékistan

 

imageUn voyage en Ouzbékistan en compagnie du photographe Patrick Blanche. Un reportage à paraître prochainement dans la belle revue Equestrio. Et ici, mon bloc-note personnel. Des photos, des impressions, des notes mises en mots, et même quelques longueurs j’crois bien. Où il est question de polo des steppes. De cavaliers virtuoses. Et de cadavres de chèvre sans tête faisant office de balle. Juste pour vous ça. À partager en trinquant à la beauté du printemps là-bas frappé de l’âme du vieux Turkestan

Mars 2013 : notes cueillies dans les steppes autour de Samarcande
Avril 2013 : composées depuis un hamac ouvert sur la mer d’Andaman (Ko Payam, Thaïlande)

Nécessaire de voyage

Au départ, ce constat : notre époque est passée maîtresse dans l’art de concevoir des objets presque identiques les uns aux autres. Il me faut une paire de chaussure pour courir, une autre pour marcher, une autre pour danser…. Même principe en cuisine où assiettes et couteaux semblent se spécialiser à l’infini et se démultiplier selon une logique qui leur est propre.

Naturellement, ce raffinement sédentaire s’accommode mal à la vie du voyageur. Ça va de soi : le globe-trotter ne peut transporter milles et unes choses. Il a besoin d’objets pratiques en toutes circonstances, qui s’adaptent à différents moments, pays… Évidence ! Et pourtant, rares sont les produits polyvalents dans le commerce. Alors faute de trouver mon bonheur, j’ai décidé d’imaginer mon propre « nécessaire de voyage » : des objets fiables, ingénieux, multifonctions, écologiques et qui limitent le poids du sac.

Une dizaine de projets sont à l’étude : vêtements, bivouac, toilette…
Nous souhaitons réaliser des prototypes que j’expérimenterai sur le terrain. Une fois passé ce test, ils pourront être commercialisés à toute petite échelle, pour aider au financement de mes prochaines expéditions.

Octobre 2012, les livres et leur Providence. Burma I

IMG_0545Birmanie. Jour 3. À bord d’un antique ferry chinois.
Liaison entre Yangoon (capitale) et Pathein (porte d’entrée sud au golfe du Bengale).

Allongée à même l’acier rouillé du pont supérieur, tandis que l’on trace notre sillage depuis la veille déjà, au coeur du delta de l’Ayeyarwady, ma cousine vient de terminer son livre. Je lui emprunte. Certaines phrases sont des cadeaux à déballer mot par mot. Voici les premières lignes de « La danse des grands-mères » de Clarissa Pinkola Estés, que je déclare, sans autre forme de préambule, meilleur signe de bienvenue qu’il soit donné de recevoir à l’orée d’un voyage :

Traversée du Panamá, territoire Indiens ngöbé-buglé

Anne Panama J’avoue ! J’avais envie de pouvoir glisser innocemment au détour d’une conversation que j’avais traversé le Panamá à pied ! Mais je me suis vite repentie de cette fantaisie narcissique en peinant, sac au dos, sur les sentiers détrempés de la Cordillera Central. De l’Atlantique au Pacifique, par les provinces de David et de Bocas del Toro, au coeur de la comarca (territoire supposément autonome) ngöbe-buglé, les rivières titubent, ivres, creusant des gorges d’un plateau à l’autre. La marche consiste à les traverser et retraverser des dizaines de fois chaque jour. Le plus souvent à gué, sans trébucher dans le courant, parfois suspendue à un câble d’acier au-dessus des remous furieux. Mais nul ne peut patauger ainsi impunément des jours durant. Mes petites baskets glanées sur un marché mexicain prenaient l’eau et chaque jour mes pieds devenaient plus vilains. Au bout d’une semaine je grimaçais sérieusement. Suivant mon habitude, à l’approche d’une méchante montée, je calais mon pas dans les vers de Boris Vian et me récitais ses poèmes pour faire taire en moi tout ce qui rêvait d’un fauteuil.

« Je voudrais pas crever
Avant d’avoir connu
Les chiens noirs du Mexique
Qui dorment sans rêver
Les araignées d’argent
Au nid truffé de bulles
Les singes à cul nu
Dévoreurs de tropiques… »

Mais ce jour-là, singe à cul nu ou pas, je me suis assise sur une pierre à mi-pente, découragée. J’ai retiré mes chaussettes en sang. La plante mais aussi le dessus de mes pieds étaient blessés. Dois-je vivre encore cent ans, je me souviendrai de ce moment ! Dans une étincelle, j’ai retrouvé des pansements oubliés dans une poche. Au même moment, le vent a balayé l’horizon et le reflet d’un delta s’est jeté dans le Pacifique au loin. Tout sourire, j’ai chuchoté un merci à je ne sais pas bien qui. Il  faut si peu parfois pour aller mieux ! J’ai repris la marche, pieds pansés. Je respirais le vent joyeux en marchant à grands pas. Je me sentais l’âme d’une aventurière et ça me donnait des ailes. Une piste à suivre, un bol de kalalou (haricots fins) partagé chaque soir au coin du feu… J’aimais me sentir seule en terre inconnue, heureuse d’avoir osé.

Baby in Chakara

 

Soir après soir, je logeais au hasard des rencontres et c’était toujours la même curiosité partagée qui animait nos soirées.
- C’est loin les États-Unis ?
- Oui, mais je viens de France.
- Pourquoi ne viens-tu pas des États-Unis ?
- Parce ce que je viens d’un autre pays qui s’appelle la France !
- C’est au Panamá ?
- Non !
- C’est pas aux États-Unis non plus ?
- Non, c’est plus loin. Il faut traverser une mer immense pour s’y rendre…
Sourcils dubitatifs. J’improvisais alors des planisphères en dévoilant que le vaste ailleurs s’étend bien au-delà du Panamá et des fameux États-Unis… Eux me dessinaient des atlas à la ronde, marquant les arbres et les pierres, comme autant de compas à ne pas manquer sur mon chemin du lendemain…

Là-bas pas de prison ! Selon la loi ngöbé-buglé, une personne qui a commis un délit doit s’acquitter de plusieurs jours de marche dans les montagnes à transporter diverses choses d’un village à un autre. Vous imaginez donc la confusion quand j’expliquais que je traversais l’ensemble du territoire.

J’ai marché seule, onze jours durant, à l’exception de quelques heures escortée par les policiers de la Red Oportunidad, un programme d’aide gouvernementale qui distribuait une centaine de dollars mensuel à chaque famille d’ethnie indienne du pays. Les mauvaises langues affirment qu’il s’agit là d’une manœuvre pour inciter les Indiens à ne plus travailler leurs terres, les rendre paresseux et dépendants du gouvernement qui leur proposera alors de racheter lesdites terres. Quelle médisance ! A-t-on jamais vu pareil procédé ?

Artist Kankiktu 2 © Alexis Karkotis // anthropologue rencontré chez les Ngöbé

 

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Notes glanées les pieds dans la boue, composées à la faveur des klaxons et reggaetons de Panama ciudad

 

Jungles du Darién, territoire Indiens embera (Panamá)

Anne Panama 4Direction ensuite la jungle du Darién, un défi d’explorateur depuis des siècles. La région a ses bons cotés (guérilleros FARC, narcotrafiquants, migrants clandestins et bandits qui les dépouillent, serpents venimeux, paludisme résistant…) et puis ses mauvais. Le Quai d’Orsay déconseille tout bonnement d’y mettre les pieds. C’est un conseil à méditer, certes, mais les Indiens embera vivent là-bas et j’avais très envie de les saluer.

Le bonheur se dégustait autour du feu, accompagné de crevettes, d’ananas et de patacones.

Rimbaud, que j’aime et pas qu’un peu, écrivait : « Les Blancs débarquent ! Le canon ! Il faut se soumettre au baptême, s’habiller ». Les Blancs débarquent toujours. Mais il faut désormais se déshabiller, se peindre le corps, danser en cercle et le touriste prend l’Indien embera en photo, à quelques kilomètres de la capitale. Ce folklore me fait horreur. J’ai choisi de partir au bout du Darién, à la frontière avec la Colombie, en pirogue, à la rencontre des embera de mes rêves. Mais existaient-ils seulement encore ces hommes qui manient l’arc et la flèche, hors contexte photographique ?

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Sur la carte, le río Chico au Sud-Ouest, attirait mon regard. J’ai donc entrepris la remontée du fleuve et fais halte, le premier soir, au village de Corozal. Les militaires en poste, tapis dans une caserne reculée, camouflée de branchages, ont écarquillé les yeux en me voyant. La zone était interdite aux étrangers et je n’en savais rien ! J’aurais du me reporter au poste militaire avant de grimper dans la pirogue mais la procédure là-bas différait de celle des postes précédents qui eux m’avait parfaitement enregistré. C’est complexe vous en conviendrez.

Les guérilleros se sont introduits le long du fleuve il y a quelques années et l’armée est alors venue sécuriser la zone. Aujourd’hui, le danger passé, plusieurs unités sont parties. Mais on m’a expliqué que je ne pouvais me rendre plus en amont du fleuve sans présence militaire pour veiller à ma sécurité. Je n’ai pas tenté de relever l’absurdité de la chose, je ne suis pas une tête brûlée et j’ai sagement demandé à rester au village. L’officier en chef, qui m’avait affectueusement surnommée par mon numéro de passeport, a pris la radio pour appeler son supérieur.
- ADB00778 demande à rester sans mouvement à Corozal, je répète…
- Accès autorisé pour seize jours »
Et c’est bien involontairement que je me suis retrouvée la première étrangère pénétrant (officiellement) le río Chico depuis près de dix ans !

Voici mon Darién. Vous pouvez lire sans crainte.

panama1 095Premier jour. Petit dimanche matin à Corozal. Si j’en doutais encore je pouvais désormais être sûre que tous les dimanches de la Terre partagent cette même douceur. Prenez par exemple votre plaisir à traîner dans la salle de bain le week-end ! Et bien, ce matin-là au bord du río Chico, qui se trouve être la salle de bain du village, les uns se faisaient la barbe au couteau tandis que les autres se rasaient le crâne en plaisantant… Pour fêter mon arrivée, Virginia, Eldilma et quelques autres femmes du village m’ont peint le corps au jagua, un fruit qui sent si bon le chocolat fondu ! Elles avaient pour moi des manières câlines et se préoccupaient de l’inquiétude supposée de ma mère à me savoir seule là-bas. Chaque soir après l’école, les enfants jouaient, dansaient leurs rondes traditionnelles et j’entrais parfois moi aussi dans la danse avec beaucoup de joie sinon de grâce.

Un seul homme portait encore le wayuco, ce cache-sexe traditionnel : mon ami Selutrio, la soixantaine, brujo de profession, entendez là qu’il guéri par le chant, le sien ou celui des animaux. Apprenez donc que ces derniers, sous des apparences parfois grossières, je vous l’accorde, sont donc d’excellents médecins, et d’accomplis chanteurs ! Un soir où j’avais confondu eau de pluie et eau de rivière pleine d’amibes, je sentais mon estomac se rebeller et me concentrais alors sur le croassement du crapaud dans le lointain, selon la posologie consacrée. Sachez vous en souvenir : en cas de rhume, le zoo n’est jamais loin. Le lendemain alors que le soleil dormait encore, Selutrio est venu me réveiller pour me proposer une partie de pêche, au harpon de bois, dans sa pirogue-tronc d’arbre. A dire vrai à Corozal, toute la semaine avait la saveur d’un dimanche. Le bonheur se dégustait autour du feu, accompagné de crevettes, d’ananas et de patacones (bananes plantains écrasées et frites).

Mais ce qui est amusant tout de même, c’est qu’El Selutrio vivait précisément dans l’un de ces nouveaux villages embera aux portes de la capitale, sur les rives du Chagres. Juste de passage à Corozal… Ah monde déroutant ! Quand tu ravales nos certitudes et nous force à la nuance !

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Notes pêchées au fil du Río Chico ; composées dans l’archipel de Kuna Yala (Panamá) en attendant un bateau qui ne vint jamais.

Le répit du baroudeur, territoire Indiens kuna

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Quatre cents avant Jésus-Christ, Alcibiade, fils de bonne famille athénienne, profitait pleinement de sa jeunesse dorée et multipliait les scandales. Sa beauté faisait partout l’unanimité.  Plutarque lui rendit hommage.

« Quant à sa beauté physique, il n’y a sans doute rien à en dire, sinon qu’elle s’épanouit et conserva son éclat à tous les âges de sa vie : enfant, adolescent, homme fait, il fut toujours d’un aspect aimable et charmant. Il n’est pas vrai, quoi qu’en dise Euripide, que chez tous les hommes beaux, l’arrière-saison même soit belle. Mais tel fut le privilège d’Alcibiade et de quelques autres. Il le dut à l’heureuse nature et à l’excellence de sa constitution physique. Quant à sa manière de parler, on dit que même son défaut de prononciation lui seyait et prêtait à son langage une grâce qui contribuait à la persuasion. »


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Mais mon petit faible avoué pour Alcibiade n’est pas lié à sa beauté; pas même à son amitié avec le grand Socrate. Non, ce qui me plaît tant chez ce beau grec c’est qu’il serait l’inventeur d’un objet que j’affectionne éperdument…

Devenu général, Alcibiade prit part à de nombreux combats durant la guerre du Péloponnèse. Il partit en expédition en Sicile puis en Ionie. Fatigué par ces combats éreintants, il mit au point un système de couchage révolutionnaire.

 « En guerre même, (…) Alcibiade affectait tout les raffinements d’un sybarite. Souvent, afin de coucher plus mollement, il faisait percer les plancher de la trirème et on y pendait son lit avec des sangles tissées d’or. »

Un hamac ! Alcibiade, bénit soit son nom, est prétendument l’inventeur de ce qui durant neuf mois m’a bercé au rythme du voyage. Cette généalogie permet au passage de contredire le procès hâtif fait au hamac par certains explorateurs de retour des Amériques, l’accusant d’objet de perdition qui annihilerait toute volonté et empêcherait d’entreprendre quoi que ce soit de constructif tant que le soleil brille au ciel.

Dans la culture kuna, le hamac est sacré. On y dort, on s’y marie, on y procrée, on y meurt. D’un bout à l’autre de cet archipel, chaque soir, les chefs réunissent leur village dans la maison commune. Ils président alors la réunion allongés dans un hamac tandis que l’assistance est assise sur des bancs. Mais là n’est pas tout. Très agréablement, la terre des Kunas est calquée sur un modèle de paradis : un chapelet de plus de 300 îles coralliennes à l’abri du monde. J’y suis restée 3 semaines, à jouer les Robinson Crusoé sur une île déserte, à apprendre les rudiments de la langue kuna, à participer aux cérémonies de puberté traditionnelles, à écouter des histoires d’îles en langue indienne au coin du feu, bercée par les étoiles, au creux d’un hamac …

panama 027NOTE DE FIN : Deux lunes me furent nécessaires pour faire la connaissance des Indiens du Panamá. Pour clore le voyage, je m’étais mis en tête de traverser le célèbre canal à la voile. Belle idée non ? Mais c’était sans compter que nous étions hors-saison pour voguer vers le Pacifique et que m’embarquer comme moussaillon était donc chimérique. J’ai peaufiné mon zen en attendant une semaine au mouillage à l’entrée du canal, sur le voilier de Bernard, un français naviguant autour du globe. A défaut de canal, nous avons tiré des bords dans le chenal. Parez à virer ? Pas de loupé possible entre les cargos ! Adossée aux haubans, j’aimais regarder le ballet des grues qui jouaient aux Légo avec les containers. Je méditais sur le fait que la vie, à l’instar des meilleurs voyages, n’est pas organisée et que force est de relire cette vieille prière aborigène :

« Donne-moi la force d’accepter ce qui ne peut être changé, le courage de changer ce qui est à ma portée, et la sagesse de différencier les deux »

 Notes découvertes dans le sable kuna yalais, dépoussiérées bien plus tard, pour réchauffer l’hiver montréalais.